mes bottes de pluie

J’ai en mémoire, une tranche de ma vie d’enfant. C’est un souvenir clair, bien qu’assez vague. Pour vous mettre en contexte, je suis une femme rêveuse, un peu désordonnée, mais pleine de bonne volonté. Les gens qui me connaissent, qui m’entourent sont conscients de mes étourderies bénignes qui se sont multipliées avec les années. On en rit, on en parle, on oublie, et ça repart! C’est une facette de ma personnalité, comme une excroissance malléable de mon être qui tend à omettre certains détails en moments inopportuns. Bref, pour faire une histoire courte, je suis un peu perdue comme fille, voilà. C’est dit! Perdue dans mes pensées, occupée à rêvasser, je suis ici, maintenant, mais souvent ailleurs en dedans! Enseignante de yoga, une pratique personnelle et assidue me ramène dans le présent, mais c’est plus fort que moi, mon esprit vagabonde tout de même très souvent!

En repensant à cette ‘’tranche de vie d’enfant’’ plusieurs images me viennent en tête…Je suis là. Petite, chaussée de bottes de pluie alors que le soleil brille de mille feu, je gambade seule au parc. Ma mère n’est pas tellement loin, elle est à la maison. Je joue souvent seule, sans maman. Je suis avec d’autres enfants, d’autres parents, avec d’autres gens. Seule, mais entourée, je suis éblouie par la lumière du jour, par ce printemps tant attendu. Il fait beau aujourd’hui. Maman m’a vêtu de mes habits légers. Manches courtes, petits mollets à l’air, j’insiste en chignant pour chausser mes nouvelles schtroumpfettes.  De superbes bottes de pluie bleues, avec l’emblème de mon héroïne du moment. Comme je les trouve belle, comme je les aime. Je veux les chausser même si le soleil me regarde d’un drôle d’air, même si ma mère refuse de succomber à mes caprices. Obstinée, je pars, bottes de pluie aux pieds, petit goûter à la main. J’ai gagné! Je les porte fièrement, me pavane en paon.

Dans le carré de sable, il fait bon s’assoir par terre, se salir les mains, creuser comme un chien et bâtir des châteaux de princesses. Rapidement, la chaleur a raison de moi et je m’éloigne pour me prélasser dans le gazon vert. Curieuse de sentir l’herbe fraîche sous mes petits pieds, je retire mes fameuses bottes. Elles sont là. Posées, à côté du plat en plastique qui contenait le goûter  goulument dévorée par la petite gourmade que je suis. Le plat reste là, au sol, près des bottes. Un des Tupperware que ma mère collectionne avec adoration. Ses Tupperwares! Elle les classe par taille et couleur,  les astique assidument et même si elle s’en procure régulièrement, son cœur se détend dans sa poitrine quand, à la fin de la journée, ils reviennent. Vides et tachés de sauce tomate, croute de pain et steak haché, ça lui est égal, car ce sont ses Tupperwares! C’est simple, pour ma mère, c’est sacré!

Quoiqu’Il en soit, en cette belle journée de printemps, les bottes, le Tupperware, ils restent là, à sentir l’herbe fraîche pendant que, fouineuse, je pars à l’aventure. Jouer avec mon ami imaginaire, chanter, courir, faire des bêtises… Vivre ma vie d’enfant. Le voisinage est petit, les gens se connaissent. Je me sens chez moi partout, comme bien des gamins.  Perchée, ailleurs, je vaque à mes occupations futiles et je fini par rentrer à la maison. Ma mère, sur le seuil de la porte n’en revient pas. Mais où sont passé mes schtroumpfettes? Et le Tupperware? Lui aussi a disparu… Nous retournons sur les lieux de mon étourderie. Pourtant, c’était il y a une heure à peine. Pourtant, c’était au parc, devant la maison! Pourtant, c’était auprès de gens que nous prétendons connaître… Elles sont parties. Les bottes surtout, mais aussi le plat, pour ma mère et sa collection. Il ne reste plus rien. Rien que ce nœud dans ma petite gorge et  les larmes qui brûlent mes petites joues rougies par le soleil de midi…Seule la voix de ma mère résonne, je peux sentir ses dents qui s’entrechoquent, sa mâchoire qui se crispe, ses poings qui se referment pendant qu’elle m’agrippe le bras brusquement… Oups! Je me suis fait avoir. Je me suis fait prendre à mon propre jeu, et c’est ma faute. Seulement de ma faute.

 Avec du recul, j’ai souvent repensé à ces bottes de pluie. J’ai réfléchi milles fois à cette journée. Celle-ci représente en quelque sorte, l’emblème de mon étourderie, l’apothéose  de mes singeries. J’y repense encore,  quelque fois, même après 25 ans…

Et en me ressassant ces images, je souris. Les commissures de mes lèvres se retroussent parce qu’au fond, je sais que rien n’a changé. Enfant, comme adulte. Combien de fois ai-je oublié mes clefs au travail, après un trajet de plus d’une heure de bus? Combien de fois ai-je dû passer par le toit, défoncer une fenêtre, scier une serrure en acier avec une lime ou encore déranger mes parents ou mon coloc pour qu’Ils partent de la banlieue afin de me fournir l’accès à mon logement dont je m’auto prive par engourdissement cérébral récurrent… Combien de fois ai-je verrouillé la portière de ma voiture sachant très bien inconsciemment que les clefs étaient dans la boîte à gants? Qui met ses clefs dans la boîte à gants de toute façon?? Et bien… moi

C’est ma première fois. La première fois que j’en parle ouvertement. Je l’assume pleinement maintenant et je peux affirmer que mieux vaut en rire, que d’en pleurer! Je m’appelle Stéphanie, yogini et étourdie! Voilà, c’est dit!

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Bonne journée à tous,

 

Namasté

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